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Damien
Fellous
14 juillet et 16 août 2006, Equateur : le volcan Tungurahua entre en éruption. Près de 15.000 personnes sont évacuées. Au pied du volcan, Baños se vide de la moitié de sa population. La ville a déjà connu une situation similaire en 1999, quand son évacuation fut effectuée par les militaires. Quelques mois après, au mépris des recommandations des scientifiques qui craignent une éruption majeure susceptible de raser la ville en quelques minutes dans les années à venir, ses habitants l'avait réoccupé, au prix d'affrontements violents avec l'armée.
La ville, au climat tempéré, est nichée dans un écrin de paysages paradisiaques, mi andins, mi tropicaux, qui lui ont valu sa prospérité, grâce à un secteur du tourisme qui sait tirer profit de tous ses atouts : lieu de pèlerinage religieux, station thermale, base de départ pour les expéditions d'alpinisme sur les sommets voisins mais aussi vers l'Amazonie toute proche, centres d'activités sportives en tout genre (trek, rafting, canyoning, base jumping, équitation, quad, VTT,...), et même le volcanisme, l'épée de Damoclès qui menace la ville étant devenu au fil du temps un de ses meilleurs arguments touristique.
Et puis, nombreux sont les habitants persuadés de ne rien craindre, puisque depuis la fondation de la ville au XVIe siècle, la vierge pélerine de la basilique de Notre Dame des Eaux Saintes (Nuestra Señora de Aguas Santas) les a toujours protégé des éruptions du volcan. Une croyance fortement encouragée par le clergé local, qui a toujours refusé de se plier aux évacuations, et qui compte parmi les plus fervents opposants aux scientifiques de l'Institut Géophysique. Ceux-ci ont placé le volcan sous haute surveillance depuis 1999, mesurant l'activité sismique tandis que des "vigies", des habitants proches du cratère, l'observent et l'écoutent. Entre les éruptions, les faits semblent se résumer à des émissions sporadiques de cendres dans l'atmosphère, mais ces cendres, si elles epargnent Baños grâce aux vents dominants, retombent sur les champs et les maisons situés sur l'autre flanc du volcan, où elles provoquent maladies de peau et problèmes respiratoires, tuent le petit bétail et détruisent les récoltes, précarisant encore plus une population déjà misérable.