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Damien
Fellous
Colombie. La Minga humanitaire Awa
La récente intensification du conflit a provoqué un exode massif du peuple Awa, regroupé dans des camps de réfugiés aux abords des grandes villes, un environnement totalement différent de leur milieu naturel. En février 2009, une colonne des FARC massacre une vingtaine d’Awa dans leur resguardo (réserve indigène) de Tortugaña, les accusant d’être des informateurs de l’armée. Les militaires retrouvent trois corps puis abandonnent les recherches, la zone étant trop minée et totalement sous contrôle de la guérilla. L’Organisation Nationale Indigène de Colombie (ONIC) décide alors d’organiser une « Minga » (terme qui désigne les travaux communautaires indigènes) pour récupérer les corps des victimes. Des quatre coins du pays, 500 indigènes de toutes les ethnies, hommes, femmes, des enfants aux personnes âgées, convergent alors vers le territoire Awa pour s’engager dans une épopée invraisemblable. Chargés comme des mules, armés des seuls bâtons de la garde indigène, guidés par un jeune shaman de 25 ans qui repousse la pluie en soufflant sur les nuages et « voit » les mines sur le chemin, les indigènes s’enfoncent en file indienne dans cette jungle hostile, gravissent des montagnes, passent des fleuves larges comme la Seine sur des radeaux de balsa et finissent par atteindre les lieux du massacre.
Méprisant les manœuvres d’intimidation de la guérilla, expulsant en gage de neutralité une escouade de militaires rencontrés dans la réserve, la Minga rayonne dans la zone et finit par retrouver huit corps sur cinq sites différents, dont elle relève les coordonnées GPS pour les remettre à la Fiscalia (police judiciaire).