La Thaïlande se veut le pays des éléphants. Glorifié, affiché partout, des frontons des palais aux plaques de rues, il est le symbole du royaume de Siam, dont il a garanti l'indépendance à travers les siècles en tant que redoutable machine de guerre. Argument majeur de l'industrie touristique thaïlandaise, la reine a même fondé un centre dédié à sa préservation, l'animal étant gravement menacé et n'existant presque plus à l'état sauvage en raison de la destruction de son habitat naturel. Ce centre qui attire de nombreux visiteurs propose une image d'épinal de la relation entre éléphant et mahout, le nom thaïlandais du cornac, lors de représentations sensées montrer le travail des animaux dans le transport du bois de coupe. La réalité est malheureusment beaucoup moins rose, et la vie des éléphants thaïlandais de leur naissance à leur mort ressemble plus à un parcours de croix qu'à une promenade de santé. Arraché à leur mère dès le plus jeune âge pour mendier dans les rues des métropoles; battus durant des semaines pour les mater et les dresser; surexploités, blessés et même drogués à l'âge adulte; et enfin abandonnés et mal nourris lorsque leur âge avancé les rend inutiles, leur calvaire n'a d'égal que le respect que leur porte le discours officiel.